La réforme du secteur des VTC (voitures de transport avec chauffeur/chauffeuse) est désormais sur la table du gouvernement. Une réforme appelée de ses vœux par les travailleurs et travailleuses, qui a fait couler beaucoup d’encre, et de laquelle dépend l’avenir d’une partie importante du transport bruxellois.

Un projet avec en son cœur, des questions fondamentales : comment notre Région doit-elle réguler le secteur ? Quels sont les leviers pour garantir un emploi de qualité pour les chauffeurs et chauffeuses ? Quels sont les besoins des citoyens et citoyennes qui utilisent ces transports en complément des autres modes de déplacement ?

Au-delà de ces enjeux, il est crucial que la réforme concrétise le rôle que les taxis/Uber/Heetch doivent jouer dans la ville. Et notamment le renforcement de la sécurité des femmes et des minorités de genre dans l’espace public. Ce dernier leur étant souvent hostile, elles recourent aux taxi/Uber/Heetch pour augmenter leur sécurité dans les déplacements. Cependant, ces dernières années, des violences sexuelles et sexistes survenues dans ces mêmes transports ont fait la une des médias, faisant émerger entres autres le hashtag #UberCestOver lancé par la féministe Anna Toumazof qui a mis au jour une problématique d’ampleur.

reforme taxi uber

Le défi est donc d’éradiquer totalement ces violences, et d’aller un pas plus loin. En faisait de ce mode de transport un allié dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre. Une des clés réside notamment dans la féminisation du secteur.

L’espace public : vraiment pour tout le monde ?

Dans une étude réalisée en 2018 par l’Université de Gand, pas moins de 86,4% des bruxelloises déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel ou sexiste, qu’il s’agisse de regards intrusifs ou menaçants, de blagues, de touchers ou d’agressions physiques et sexuelles dans l’espace public. Ce chiffre les poussent dès l’enfance à modifier leur comportement, et à développer des “stratégies d’évitement” pour favoriser leur propre sécurité. Un chemin alternatif plus long mais mieux éclairé ; un retour accompagnée pour éviter d’être seule ; un appel à un.e proche le long du trajet ;  un transport en commun de surface pour être moins isolée que dans un métro, etc.

Les services de voitures de transport avec chauffeur/chauffeuse font partie de ces options perçues comme davantage sécurisées. Mais la réalité n’est pas si rose.

En 2019, dans la foulée de #MeToo, des témoignages quant aux violences faites aux femmes dans les transports ont fait l’actualité. Rapidement, de très nombreuses manifestations et mobilisations en ligne via le hashtag #UberCestOver ont vu le jour pour réclamer la sécurité des femmes dans ces transports. Les cas de violences et de viols ne se sont pas cantonnés à l’application Uber : faux taxis, viols dans les taxis Collecto à Bruxelles et violences sexuelles et sexistes dans les Heetch. C’est en réalité un phénomène généralisé à tout le secteur qui a fait surface.

A noter que les femmes ne sont pas les seules à recourir à ces mécanismes puisque les minorités de genre les intègrent en général également. Les femmes et minorités de genre à l’intersection de plusieurs discriminations sont dès lors plus exposées encore.

Imaginez : retomber sur un chauffeur harceleur

Ce qui coince ? Un système complexe, où les formations sont différentes et où le traitement d’une plainte de victime n’est pas systématisé. Aujourd’hui, à Bruxelles, seuls les taxis dépendent d’une institution réglementée (Bruxelles Mobilité). Pour les autres, il n’existe pas de contrôle spécifique. 

Il réside globalement un manque de transparence quant aux cas de harcèlement sexuel et sexiste dans ces transports, ainsi qu’un manque de protection des victimes. Résultat ? Certains témoignages relatent que des femmes se sont retrouvées, par la suite, face à un agresseur qu’elles avaient déjà croisé par le passé. D’autres que des chauffeurs faisaient l’objet de plaintes anciennes pour agressions sexuelles. D’autres témoignent encore que des auteurs n’ont jamais été inquiétés par la société de transport pour leurs comportements, voire qu’elles n’ont jamais reçu de réponse à leurs plaintes.

Pour les écologistes, il est impératif d’améliorer les procédures et de les rendre transparentes, de travailler à la formation du secteur à ces enjeux, et de mieux protéger les victimes. C’est la seule manière de travailler durablement à la sécurité des femmes et des minorités de genre dans l’espace public.

Dites “chauffeuse” !

Face à ces cas de harcèlement, des initiatives de femmes chauffeuses ont vu le jour. C’est notamment le cas du projet Girl’s Ride. Et il est ainsi apparu aux utilisatrices qu’elles pouvaient, entre elles, assurer leur propre sécurité, en lançant leur propre réseau alternatif de transport. Cette impulsion citoyenne met sur la table un levier de solution : la féminisation du secteur.

La route est longue et semée d’embuches : entre les multiples stéréotypes attachés aux femmes conductrices “femme au volant, mort au tournant”, les écarts liés à l’emploi en général (temps partiels, pauses carrière, etc.), et aussi l’insécurité des femmes travaillant comme chauffeuses, la présence des femmes dans le secteur est extrêmement basse (par exemple, à Paris elles ne représentent que 12% de la profession). 

Pourtant, la féminisation du secteur et une meilleure protection des chauffeuses peuvent avoir un effet positif sur l’emploi des femmes, mais aussi sur la sécurité générale dans ces transports. On imagine en effet aisément que de meilleurs dispositifs d’alerte en cas de violences dans un véhicule pourraient à la fois être profitables tant aux chauffeuses qu’aux usagères.

Alors, on change ?

La réforme du secteur est une aubaine à saisir, une occasion d’inverser la tendance et de faire structurellement du transport avec chauffeur/chauffeuse un allié de la lutte contre les violences faites aux femmes. 

Les axes d’action sont les suivants : la prévention des phénomènes de violence et la formation des chauffeurs et chauffeuses, la protection des victimes (chauffeuses ou utilisatrices) et les sanctions à l’égard des auteurs.

Les écologistent plaident pour des engagements fermes ainsi que des actions concrètes dans la lutte contre les violences faites aux femmes dans la réforme du secteur du transport avec chauffeur/chauffeuse :

  • Etablir des statistiques transparentes, à la fois qualitatives et quantitatives, quant au harcèlement sexuel et sexiste dans les VLC à l’égard des utilisatrices et des chauffeuses ;
  • Mettre en place une formation spécifique obligatoire des chauffeurs et chauffeuses sur les violences sexuelles et sexistes dans ces transports ;
  • Améliorer, uniformiser et rendre transparents les procédures de suivi des plaintes au sein des sociétés de transport pour lutter contre l’impunité ;
  • Augmenter les possibilités de signalement de harcèlement dans les applications ;
  • Mettre en place des campagnes de sensibilisation, y compris dans les VLC, quant au harcèlement dans ces transports
  • Attirer davantage de femmes dans le secteur VLC, notamment en garantissant la sécurité des travailleuses. La présence de quotas de licences octroyées à des chauffeuses est une manière d’assurer la représentation des femmes dans la profession.

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