Le 23 septembre dernier, j’ai eu l’occasion de participer à une conférence dans le cadre de l’école urbain de l’ARAU, l’Atelier de Recherche et d’Action urbaines, avec pour thème principal les femmes et l’espace public. J’y ai brossé le tableau des chantiers déjà accomplis ou à venir sur la question des femmes à Bruxelles, du côté du Parlement et du Gouvernement. Je vous partage mes réflexions sur le sujet.

Avant toutes choses, rappelons que pour que la mobilité et l’espace public soient plus accueillants pour les femmes, il est indispensable d’y réduire les violences dont elles sont victimes. Mais cet article pose les balises de solutions long terme plus structurelles sur la question.

La mobilité sous le prisme du genre

En se détachant de plus en plus du domicile familial et en devenant actrice de la ville, les femmes ont commencé à se déplacer, et notamment à utiliser pour cela toutes les solutions de mobilité : transports en commun, voiture personnelle, vélo, etc. À échelle européenne, 59 % des femmes utilisent quotidiennement les transports en commun, contre 42 % des hommes. Elles se déplacent donc in fine davantage. Et leur comportement dans la ville a ses propres règles, et diffère de celui des hommes.

  • Les femmes évitent les endroits déserts, sans aucun contrôle social, mal éclairés, où la visibilité est mauvaise et elles modifient leur itinéraire pour adopter un trajet qui leur garantisse un sentiment de sécurité.
  • Les trajets qu’elles effectuent sont plus longs en temps, mais plus proches de leur domicile. Ils sont en général une addition de petits trajets différents.
  • Les femmes se déplacent souvent avec des enfants, des poussettes, accompagnent volontiers leurs ainé.e.s, et ont ainsi davantage besoin d’infrastructures pour les PMR.

Mais aujourd’hui, la mobilité des villes est davantage pensée pour un homme adulte valide qui se déplace du domicile à son lieu de travail.

Le saviez-vous ? Le prix d’un ticket de train et sa durée de validité sont fixés sur un trajet moyen, qui ressemble davantage aux habitudes de mobilité des hommes actifs.

L’intermodalité, qui consiste à baser la réflexion de la mobilité d’une ville sur les besoins des citoyen.ne.s et non autour d’un seul moyen de transport en particulier, est une occasion de renverser la tendance. Sous l’impulsion du plan Good Move de la Région bruxelloise, la Ministre Elke Van den Brandt s’est en effet engagée à rendre Bruxelles plus inclusive via quelques actions concrètes, qui sont visibles dans le Plan de Lutte contre les Violences faites aux Femmes du Gouvernement.

On y trouve par exemple :

  • Le développement de statistiques des cas de harcèlement dans les transports
  • L’amélioration des stations STIB : éclairage, présence d’agents de sécurités formés aux questions de violences, moins d’espaces vides, interdiction de la publicité sexiste et diffusion de campagne de prévention contre les violences, revitalisation des stations de tram et métro pour les rendre plus accueillantes.
  • Un travail sur la parité à la STIB : plus de femmes dans les rangs de l’entreprise publique, c’est aussi un levier pour plus d’égalité.

L’espace public « dégenré »

L’espace public n’est pas neutre. Non. L’architecture est marquée du sceau de ceux qui la pensent. Et nos grands boulevards et nos quartiers ont en majorité été pensés par des hommes … pour des hommes ! Tout qui a déjà tenté l’aventure des trottoirs pavés de 70 centimètres de large avec une poussette sait de quoi il s’agit.

Parmi les projets sur la table des politiques publiques bruxelloises qui devraient changer la donne, on peut citer :

  • La formation des services publics régionaux de l’urbanisme aux questions de genre
  • La prise en compte de l’aspect genré dans les procédures d’octroi de permis d’urbanisme
  • L’analyse d’impact par genre de tout nouveau projet

Cerise sur le gâteau : un endroit où les femmes se sentent bien, où il y a une vraie mixité, est un endroit où tout le monde se sent bien.

Les symboles contre l’invisibilisation

Léopold II. Charles Rogier. François Anneessens. Saint-Gilles. 6% seulement des noms de rue à Bruxelles portent des noms de femmes. Pourtant, donner son nom à une rue est aussi une façon de valoriser une personne, sa vie ou son combat. N’avons-nous pas de femmes à récompenser ? Féminiser l’espace public, c’est aussi symboliquement permettre à des femmes de l’Histoire d’y laisser leur trace. Avec pour conséquence indirecte et symbolique d’augmenter l’inclusivité des lieux.

La Région a ainsi lancé un chantier visant à renommer des rues et des places en l’honneur de femmes. Le premier ballon a été lancé : il s’agit d’un processus participatif visant à choisir un nom de femme pour le Tunnel Léopold II.

Quelques réflexions, en images

La non-mixité comme outil pour arriver à l’égalité est utilisée dans certains pays. Il s’agit de garantir des espaces sécurisés pour les femmes. Si elle ne doit en aucun cas être une finalité, elle semble faire ses preuves dans certains cas.

L’espace public s’est agrandi avec l’avènement du numérique. En effet, Internet et les réseaux sociaux sont également devenus des espaces (immatériels) dans lesquels les femmes peinent à faire leur place. Il suffit de voir la faible proportion de profils Wikipédia de femmes célèbres, ou encore le sort qui est réservé (harcèlement, menaces, injures) à celles qui utilisent les réseaux sociaux pour exprimer leurs opinions.

Le premier espace partagé fréquenté par un individu, c’est l’école, et particulièrement la cour de récréation. Filles et garçons y apprennent à se déplacer, à y jouer, et finalement à vivre cet espace. Un constat frappant : la majorité des cours de récréation sont structurées avec 80% de surface destinée au jeux de balles, auxquelles les filles ne participent majoritairement pas. Elles apprennent dès lors à rester à la marge, en périphérie, développent des stratégies d’évitement à l’égard d’un espace vécu comme dangereux (= le centre de la cour).

 

 

Pour aller plus loin, vous pouvez également visionner mon intervention complète lors de la conférence de l’Arau :

 

Merci aux organisateurs et organisatrices pour ce chouette moment et aux deux intervenantes qui m’ont précédées – Roxanne Chinikar (Garance ASBL) et Apolline Vranken (L’architecture qui dégenre).

→ Jetez un oeil aux travaux de l’Arau ASBL

→ Focus sur mon coup de coeur des conférence : le travail sur le Béguinage bruxellois et l’architecture féministe par Apolline Vranken de l' »Architecture qui Dégenre »

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