Elle a 19 ans. Tous les mois, elle passe à la pharmacie de son quartier pour acheter des antidouleurs. Autour d’elle, on lui dit que c’est comme ça, qu’il faut être moins douillette. Elle aura peut-être 30 ans quand elle entendra enfin le mot « endométriose ». Ce n’est pas une exception. En moyenne, il faut entre 7 et 12 ans pour poser ce diagnostic.

Et si les pharmacies jouaient un rôle actif dans la sensibilisation à l’endométriose ? C’est ce que propose le projet que nous avons déposé avec Ecolo au Parlement.

Une maladie fréquente et encore méconnue

L’endométriose touche environ une personne menstruée sur dix. C’est une maladie inflammatoire chronique. Du tissu semblable à celui qui tapisse l’utérus se développe ailleurs dans le corps. Elle peut provoquer des douleurs très intenses. Elle entraîne aussi souvent de la fatigue et des troubles digestifs. Dans environ un tiers des cas, elle est associée à une infertilité.

Il n’existe à ce jour aucun traitement qui guérit. On peut soulager et freiner l’évolution de la maladie. C’est pour cela que le temps compte autant : plus on détecte tôt, mieux on protège.

Pourquoi ce retard ?

Parce que les symptômes sont variés, et parce que la douleur des femmes est encore trop souvent banalisée. La recherche l’a documenté : la médecine a ses biais de genre. Une douleur qui empêche de vivre devrait déclencher une consultation spécialisée. Trop souvent, elle déclenche une boîte de paracétamol et un haussement d’épaules.

Pour moi, c’est une question de justice. Une personne qui souffre a droit à une information claire et à des soins de qualité. Ce n’est pas qu’un souhait : c’est la loi belge relative aux droits du patient. Aujourd’hui, pour des milliers de femmes, ce droit reste théorique.

La pharmacie, une porte d’entrée de proximité

Qui voit passer ces personnes, mois après mois, bien avant le ou la gynécologue ? Les pharmaciennes et pharmaciens de quartier. Ils sont accessibles sans rendez-vous et connaissent souvent leurs patientes. Ils peuvent remarquer les achats répétés d’antidouleurs.

On sait que ça peut marcher. Avec le dispositif « Relais Pharmacies » que nous avions proposé pendant la crise du COVID, les officines étaient mobilisées pour repérer et orienter les victimes de violences intrafamiliales. Elles ont prouvé qu’elles pouvaient jouer ce rôle de relais.

C’est pourquoi, avec mes collègues Ecolo, j’ai déposé en mai une proposition de résolution. Elle vise à faire des pharmacies bruxelloises un point d’information et d’orientation pour les personnes atteintes d’endométriose ou d’adénomyose.

Ce que nous demandons

Concrètement, le projet demande au Gouvernement de :

  • Soutenir la diffusion d’une information claire et accessible sur l’endométriose et l’adénomyose, notamment via des brochures pour les pharmacies et les cabinets médicaux en partenariat avec les associations spécialisées ;
  • Renforcer la sensibilisation des agents de terrain sur la question ;
  • Former les professionnel·les de première ligne, pour qu’ils et elles puissent informer correctement et orienter vers des spécialistes.

Un point est important pour moi : ce dispositif doit être construit avec les pharmacien·nes. Il faut tenir compte de leur charge de travail, qui est déjà lourde. Et il n’est pas question de leur faire poser un diagnostic : ça reste le rôle des médecins. Le pharmacien ou la pharmacienne peut par contre être celui ou celle qui dit : « Ce que vous vivez, ce n’est pas à vous de le supporter seule. Allez consulter, voici vers qui vous tourner. »

Le bon moment pour agir

Le terrain est prêt. Les associations sont à la pointe. Plusieurs Parlement ont, à l’initiative d’Ecolo, déjà approuvé des dispositifs sur l’endométriose.

Bref, les engagements sont pris. Il faut maintenant que l’information arrive au plus grand nombre. Et Bruxelles peut entreprendre un dispositif unique et au plus près des gens.