Imaginez un instant. Vous venez d’être agressé·e. Vous trouvez enfin le courage de demander de l’aide. Mais avant même de pouvoir raconter ce que vous avez vécu, on vous demande : « Vous êtes un homme ou une femme, en fait ? » Ou pire encore : « Oui mais bon… tenir la main de sa partenaire quand on est une femme, c’est un peu de la provocation, non ? »
Pour beaucoup de personnes LGBTQIA+, ces réactions ne relèvent malheureusement pas de la fiction. Résultat : en Belgique, seules 14 % des victimes de violences LGBTQIA+phobes portent plainte. C’est précisément pour répondre à cette réalité qu’Ecolo a déposé au Parlement bruxellois une proposition de résolution inspirée par le travail des associations de terrain : créer un guichet associatif d’accueil et d’accompagnement des victimes.

Quand le parcours devient un obstacle
La Belgique est régulièrement présentée comme l’un des pays les plus avancés en matière de droits LGBTQIA+. Pourtant, derrière ce classement, une autre réalité existe puisque chaque année, des personnes sont victimes d’insultes, de harcèlement, de discriminations ou d’agressions en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Et beaucoup d’autres ne signalent jamais ce qu’elles ont subi.
Pousser la porte d’une institution n’est pas toujours simple lorsque l’on appartient à une minorité qui fait encore régulièrement l’expérience de violences, y compris institutionnelles. Pour beaucoup, demander de l’aide signifie devoir se justifier, raconter plusieurs fois les faits ou craindre de ne pas être pris au sérieux. Alors certaines personnes renoncent.
C’est le chiffre noir : toutes ces violences qui existent, mais qui n’apparaissent jamais dans les statistiques.
Une idée simple : accueillir avant tout
L’idée portée par cette résolution est simple : créer un guichet associatif à Bruxelles, où les personnes victimes de violences LGBTQIA+phobes seraient accueillies dans un environnement le plus sûr et bienveillant possible, et connu de la communauté. Elles pourraient y être écoutées, informées et, si elles le souhaitent, accompagnées vers les services compétents — police, Unia ou Institut pour l’égalité des femmes et des hommes — sans devoir affronter seules un parcours souvent complexe.
Ce guichet ne remplacerait aucun dispositif existant. Au contraire, il deviendrait une porte d’entrée unique permettant de mieux articuler les services déjà présents et de simplifier le parcours des victimes.
Une proposition construite avec le terrain
Cette idée n’est pas née dans un bureau. Elle est le fruit d’une demande portée par les associations qui accompagnent quotidiennement les personnes LGBTQIA+ : RainbowHouse Brussels, Ex Aequo, Genres Pluriels, Tels Quels, la Maison Arc-en-Ciel de la Santé ou encore les Grands Carmes.
Ce sont elles qui connaissent les obstacles rencontrés par les victimes. Ce sont elles qui ont imaginé cette réponse. Notre rôle, au Parlement, est aujourd’hui de transformer cette demande de terrain en une proposition politique.
Faire en sorte que davantage de victimes demandent de l’aide
Cette résolution ne fera malheureusement pas disparaître l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie ni les autres formes de LGBTQIA+phobie. Elle ne prétend pas éradiquer, à elle seule, des discours et des violences qui connaissent aujourd’hui un regain préoccupant. Mais ce guichet peut lever un obstacle essentiel.
Parce que les droits LGBTQIA+ ne se mesurent pas aux drapeaux que l’on déploie pendant la Pride. Ils se mesurent aussi à notre capacité à protéger concrètement les personnes lorsqu’elles sont victimes de violences.
Ce que le projet demande concrètement
Au-delà du guichet lui-même, le texte appelle à :
- Renouveler le Plan bruxellois d’inclusion LGBTQIA+, avec un accent fort sur la sécurité
- Financer durablement le guichet, avec des moyens humains et financiers stables sur plusieurs années
- Harmoniser les outils de signalement entre associations, commissariats, Unia et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes
- Renforcer la coordination entre tous les niveaux de pouvoir concernés — Région bruxelloise, COCOM, COCOF, VGC et niveau fédéral
- Appeler le législateur fédéral à renforcer le cadre juridique autour des crimes de haine et à améliorer la collecte de statistiques judiciaires
En savoir plus
Lire le projet complet : http://weblex.brussels/data/crb/doc/2025-26/152813/images.pdf#page=
