« La responsabilité des médias est à la mesure de leur pouvoir. » Le constat est sans appel, les femmes et les minorités souffrent d’un manque de représentations dans les médias. Elles pâtissent également en coulisse, dans la plupart des métiers des médias, de carrières plus courtes, de l’effet « plafond de verre » – quand ce n’est pas du « plancher collant » – ou encore de cloisonnement genré/racisé des métiers et des contenus d’information. Pourtant, l’enjeu est de taille, puisqu’au coeur du projet pour les médias se trouve des enjeux de société fondamentaux.

Intervention au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mars 2021.

Un phénomène largement étudié

Comme dirait la journaliste militante Lauren Bastide, on doit commencer par compter pour prendre l’ampleur de ces disparités.

Très récemment, le CSA s’est penché sur la diversité et l’égalité sur les ondes radio. Ses observations ne sont guère encourageantes. Les femmes restent sous-représentées dans les émissions, particulièrement d’info, d’interview, ou d’expertise et les stéréotypes de genre perdurent dans la publicité. Le sort des personnes issues de la diversité (12,8%), en situation de handicap (0,37%) ou transgenres (0,05%) est encore moins enviable.

Le reste du paysage audiovisuel ne donne pas de meilleures perspectives.

Le Magazine Imagine et le journal Médor organisent leur propre baromètre d’auto-évaluation ; l’Association des journalistes professionnels AJP mène des travaux et des études sur le sujet, notamment une campagne #zérosexisme pour plus d’égalité dans les rédactions. Tous confirment une tendance lourde, de déséquilibre de représentation, de sexisme dans les rédactions, de confiscation de parole auprès des concerné.e.s.

Pour aller plus loin que ce constat qui se répète, chaque année, à chaque baromètre, il faut du changement en interne, dans les rédactions, « un sursaut collectif de la part de l’ensemble du secteur » .

Mais quel est l’horizon ? Il est nécessaire de rééquilibrer le temps de parole, qualitativement et quantitativement. Les femmes et les minorités doivent pouvoir être actives et non plus passives, et cela passe par le fait de rendre la parole aux concernées. Les chiffres de l’AJP montrent que la proportion de femmes identifiées « complètement », même s’ils évoluent, reste minoritaire (20,19% en 2019 contre seulement 13,73% en 2011).

Pour y parvenir, les quotas, qui doivent être vus non pas comme un objectif, mais comme un moyen, semblent intéressants pour améliorer l’égalité et la diversité. Ainsi, il est possible pour les pouvoirs publics de définir des objectifs concrets quantitatifs et qualitatifs dans la législation en matière d’égalité des genres et de diversité à l’écran ou à l’antenne pour les éditeurs, particulièrement s’ils sont subventionnés.

Des coulisses inégalitaires

La place des femmes et de la diversité dans les médias se gagne aussi en coulisse, principalement dans les rédactions et les métiers des médias. Aujourd’hui persiste dans les rédactions de la misogynie, du racisme, du harcèlement moral et sexuel, à l’égard des femmes et des minorités. Bref, des discriminations présentent dans notre société, et dont les médias doivent se saisir. La conséquence : les femmes et les minorités sont poussées vers la sortie. Les jeunes, elles, sont découragées et ne passeront jamais la porte d’une rédaction.

Ce système prend racine sur les bancs des écoles de journalisme, elles ne sont donc que la « suite logique » et systémique de barrières qui s’érigent presque dès l’enfance . Il est de la responsabilité des écoles et des recruteurs – donc des médias – de revoir ce système qui implique un formatage des professionnels, et des discriminations à l’égard de celles qui s’en écartent.

La condition sine qua non pour plus d’égalité et de diversité à l’écran passe donc par la promotion de cette diversité et égalité, mais aussi par la garantie un cadre d’exercice sécurisé des pour les métiers des médias.

Les citoyen.ne.s au coeur des médias

Rappelons que les médias sont le reflet d’une société, mais participent aussi à en forger les lignes futures. Si les médias ne diffusent qu’une parole dominante, ils prolongent les stéréotypes et les biais déjà bien ancré dans la société.

Imaginez-vous aujourd’hui, en 2021, ouvrir un journal, allumer une télévision, écouter un programme radio, et n’y trouver PERSONNE qui vous ressemble.

La pluralité des opinions et des intervenants ne peut qu’enrichir la qualité des contenus proposés. Représenter et œuvrer à la mise en valeur de la diversité, est la meilleure des façons d’agir pour la cohésion sociale en encourageant le dialogue interculturel et en protégeant les droits fondamentaux.

« Quelle est l’utilité d’un média homogène dans une société qui est diverse ? » Salwa Boujour, journaliste

 

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