La crise que nous vivons nous plonge dans une situation paradoxale. Alors que nous n’avons jamais autant eu besoin d’information vérifiée, de décodage, de programme de qualité à consommer pendant le long confinement, alors que la consultation des médias est globalement en hausse, nos médias sont en crise. La cause principale : l’effondrement de leurs revenus publicitaires (jusqu’à 80%, d’après la presse). Cette chute des revenus a des répercussions fortes sur les médias eux-mêmes, mais aussi sur les travailleur.euse.s, je pense notamment aux pigistes et aux contrats précaires, que ça soit pour les journalistes ou les métiers techniques. 

Alors, ne nous méprenons pas. Il ne s’agit pas pour l’écologiste que je suis de vouloir susciter un retour des publicités en masse sur nos écrans. Non. Nous défendons d’ailleurs de longue date une réflexion autour de ces contenus. Mais ce que nous vivons ici n’est pas une transition du paysage médiatique. C’est une crise avant tout.

Je voudrais à cet égard saluer le travail incroyable qui est fourni par nos journalistes et tous les métiers des médias de l’information. Si nous avions besoin d’un exemple de créativité et d’inventivité, je pense que nous l’avons trouvé. Les contraintes pratiques et les difficultés économiques n’ont pas empêché les acteurs et actrices du secteur à réfléchir à des solutions.

La recherche de solutions pour ce secteur et ses travailleurs et travailleuses doit être une priorité des pouvoirs publics. Par le monde, des solutions commencent à émerger, timidement : des aides structurelles uniques, des crédits d’impôt pour solliciter le retour des annonceurs de publicité, des investissements des Etats dans les espaces publicitaires pour amplifier les communications aux citoyen.ne.s, etc.

Nous vivons une crise qui ne sera pas qu’une parenthèse. Elle n’est pas un simple accident de parcours. Il suffit de voir à quel point elle exacerbe les inégalités et les dysfonctionnements de notre société. Tout ceci laissera des marques.

Les médias sont fondamentaux, et nous l’avons d’autant plus constaté pendant la crise : ils informent sur l’évolution de la situation, donnent leur place aux experts et expertes, ils relaient l’information officielle, et maintiennent le débat. Ils font ainsi partie des instruments indispensables à l’orchestre qu’est notre démocratie. Aujourd’hui comme demain, nous avons besoin de nos médias. De médias forts, modernes, résilients, en bonne santé. De travailleuses et des travailleurs qui exercent dans de bonnes conditions. De médias qui luttent contre les propos qui visent à diviser, qui déconstruisent les discours de haine, qui fournissent de l’information de qualité, de l’analyse et qui ont les moyens de le faire. 

Ce rôle est précieux, et le sera d’autant plus dans le redéploiement de notre société, indispensable à l’Après Coronavirus. Car la société plus résiliente, plus démocratique et plus inclusive, celle-là même que nous appelons de nos voeux, n’apparaîtra pas par magie du jour au lendemain. Nous devrons réorienter nos forces et nos énergies, tirer les conclusions et faire en sorte que plus jamais une telle crise ne puisse nous mettre aussi durement face aux limites de notre société. Il nous reviendra de la construire, et, surtout d’en débattre. Les médias auront, là aussi, un rôle crucial à jouer.

 

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