Des milliers d’étudiant·es sont victimes de violences sexistes ou sexuelles chaque année dans les hautes écoles et universités de Belgique. Pour la première fois, un texte de loi oblige désormais chaque établissement à se doter d’un dispositif de protection. C’est une avancée réelle — mais plusieurs lacunes importantes subsistent, notamment pour les victimes dont l’agresseur est un enseignant ou un membre du personnel.


Pourquoi ce texte était attendu depuis longtemps

Pendant trop longtemps, une victime de violence sur un campus pouvait se retrouver face à des situations très inégales selon l’établissement : ici une procédure, là un vide total. Le nouveau texte de loi change cela. Pour la première fois, chaque haute école et université devra mettre en place un point de contact clairement identifié, appuyé sur un plan d’action couvrant la formation, la sensibilisation, l’accompagnement des victimes et les sanctions envers les auteurs. C’est la fin, du moins sur le papier, de cette inégalité de traitement selon l’endroit où on étudie.

Ce que le texte améliore concrètement

Autre nouveauté importante : pour la première fois, un étudiant reconnu auteur de violences pourra faire l’objet de sanctions disciplinaires au sein de son établissement. Plusieurs remarques portées par les organisations étudiantes et les actrices de terrain ont également été entendues au cours des débats — notamment sur la place accordée au suivi des auteurs et à la justice réparatrice. Ces avancées vont dans le bon sens.

Le grand angle mort : aucune sanction quand l’agresseur enseigne

Mais le texte présente une faille majeure. Lorsque l’auteur de violences est un étudiant, des sanctions sont prévues. Lorsqu’il s’agit d’un professeur, d’un assistant ou d’un encadrant de thèse — rien. Ce sont pourtant précisément ces situations où les rapports de pouvoir sont les plus lourds, et où les victimes craignent le plus les représailles sur leur parcours. Une victime est une victime. Sa protection ne devrait jamais dépendre de la fonction de son agresseur.

Peut-on vraiment se confier à son propre établissement ?

Le texte prévoit désormais la possibilité de signaler les violences auprès des pôles académiques — une structure un peu externe. C’est un pas en avant. Mais depuis plusieurs années, le terrain plaide pour un point de contact totalement extérieur aux établissements. Le rapport scientifique BEHAVES est sans appel : plus de 8 victimes sur 10 ne se tournent pas vers leur institution pour signaler ce qu’elles ont vécu. La peur des représailles et le manque de confiance dans les institutions freinent massivement la parole. Nous verrons dans les prochaines années si un organe « ni dedans, ni dehors » sera suffisant.

Un financement qui met les vulnérabilités en concurrence

Pour financer ce nouveau dispositif, le gouvernement a décidé de prélever 1,50 € par étudiant·e sur les aides sociales déjà allouées aux établissements. En tant que féministe, je refuse cette logique. Le risque qu’il faille choisir entre soutenir une étudiante précaire, financer un suivi psychologique ou lutter contre les violences sexistes et sexuelles est trop grand. Les victimes méritent un dispositif solide — et un dispositif solide mérite un financement qui lui soit propre.

Une abstention de vigilance, pas un abandon

Nous n’avons pas voulu freiner un texte qui contient de réelles avancées. Nous avons proposé les modifications nécessaires, en relayant les demandes des organisations étudiantes et des actrices de terrain. Elles ont été refusées. Nous nous sommes donc abstenus. Il s’agit d’une abstention de vigilance : une façon d’affirmer que nous allons continuer à porter les revendications des victimes qui restent aujourd’hui sans réponse.

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