Les enfants seraient-ils devenus indésirables dans certains lieux publics ? La tendance des espaces “no kids” — ces lieux qui interdisent les enfants — gagne du terrain, y compris à Bruxelles. Elle inquiète les associations, le Délégué général aux droits de l’enfant, mais aussi de nombreux parents. Face à cette évolution, Ecolo vient juste de déposer un projet au Parlement bruxellois pour mieux protéger les enfants contre les discriminations fondées sur l’âge et garantir leur place dans l’espace public. Le débat aura lieu prochainement. Wait and see.

Derrière cette tendance, les exemples se multiplient. Hôtels, restaurants, événements, parfois même transports : le “calme” devient un argument marketing. En France, la SNCF propose désormais des espaces “haut de gamme” interdits aux moins de 12 ans. À Bruxelles, un restaurant sur dix refuserait l’accès aux enfants. Présenté comme neutre, cet argument du calme ne l’est pas. Il produit une exclusion bien réelle : celle des enfants, mais aussi de leurs parents — et singulièrement des femmes, qui assument encore majoritairement la charge des enfants.

Car au fond, ce n’est pas seulement une question de bruit. C’est une certaine idée de l’espace public qui s’impose peu à peu : un espace pensé par et pour des adultes, autonomes et « silencieux « (le bruit, c’est relatif). À l’inverse, l’enfant — par nature expressif et vivant — devient un problème à gérer, voire à éviter. Cette norme implicite, où seule la présence adulte est jugée légitime, porte un nom : l’“adultisme”.

Peu à peu, les enfants disparaissent de certains lieux. Invisibilisés. Et ne sont plus considérés comme des usagers à part entière. Et cette mise à l’écart n’a rien d’anodin. Exclure un groupe en raison de son âge, sans autre justification que le confort des autres, pose une question profonde. Imagine-t-on appliquer cette logique à d’autres publics ? La réaction serait immédiate. Pourquoi, dès lors, devient-elle acceptable lorsqu’elle vise les enfants ? Le droit belge comme le droit international interdisent les distinctions fondées sur des critères comme l’âge lorsqu’elles ne sont pas objectivement justifiées. Et au-delà du droit, accepter ces exclusions ouvre une brèche : aujourd’hui les enfants, demain d’autres publics jugés “dérangeants”.

Car il faut le rappeler : les enfants ont aussi le droit d’être là. De jouer, de parler, de rire — bref, d’exister Ce qui est parfois présenté comme une nuisance est en réalité une composante normale de leur développement. Vouloir les faire disparaître pour préserver le confort de certains revient à redéfinir qui a sa place — ou non — dans l’espace commun.

Face à cela, le texte déposé par Ecolo vise à remettre un cadre clair.

  • Faire respecter les lois anti-discrimination existantes
  • Mettre en place un dispositif d’observation et de signalement des pratiques “no kids”
  • Renforcer le label “Kids Friendly – Bruxelles accueillante pour les enfants”
  • Accompagner les établissements vers un meilleur accueil des familles
  • Intégrer davantage les enfants dans l’aménagement de la ville (espaces publics et urbanisme)

L’objectif est simple : garantir aux enfants leur juste place dans la société, même s’ils n’ont pas de syndicat, pas de petits pieds pour venir défendre leurs droits.

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