« La responsabilité des media est à la mesure de leur pouvoir. »1 Les médias sont une lucarne sur le monde, on y traite tous les sujets. Problème : ils ne sont pas représentatifs de la population. Imaginez ouvrir un journal et ne pas y voir une seule personne qui a la même couleur de peau que vous. Le constat est sans appel, les femmes et les minorités souffrent d’un manque de représentations, de carrières plus courtes, de l’effet « plafond de verre » (quand ce n’est pas du « plancher collant ») ou encore de cloisonnement genré/racisée des métiers et des contenus d’information.

Concrètement le phénomène est étudié. Les femmes ne sont que 36% parmi les éditeurs de services de médias audiovisuels (SMA). Même constat au niveau de la hiérarchie, les hommes y sont surreprésentés ! En effet, on ne retrouve que 22% de femmes au sein des Conseils d’administration. Les femmes sont donc sous représentées au sein des médias audiovisuels et ce, dans la plupart des familles de métier (production, rédaction et technique) mais c’est au sein de la famille Technique que le déséquilibre est le plus fort (19,5% de femmes contre 80,5% d’hommes). Concernant les manifestations du sexisme, des discriminations, du harcèlement ou des violences, elles sont 33,33% soit une femme sur 3 à affirmer avoir été victimes de discriminations ou harcèlement, contre moins d’un homme sur dix.

La collecte de données concernant les inégalités ou les discriminations dans le paysage audiovisuel francophone en Fédération Wallonie-Bruxelles est plutôt récente. Pourtant, il est indispensable de mesurer pour comprendre, analyser et améliorer ces mécanismes. Ces études 2ou baromètres mis en place révèlent (sans surprise) que les femmes ou les minorités sont moins présentes de manière quantitative et qualitative autant en termes de représentations dans les médias que dans les métiers qui façonnent ces représentations. En effet, lorsqu’un plateau sollicite l’avis d’expert, ces derniers sont généralement des hommes. D’ailleurs souvenez-vous de la polémique du plateau de télévision 100% féminin qui avait fait débat au Royaume-Uni en 2018, on imagine mal les médias s’offusquer d’un plateau d’experts exclusivement masculin. Entre en jeu ici, la notion de la neutralité et déontologie. Neutralité qui s’exprime notamment par le prisme de la blanchité et du masculin.

Les quotas, qui ne sont pas une fin en soi, mais un moyen intéressant et nécessaire pour améliorer la diversité doivent être mis en avant. Si on ne mesure pas, comment peut-on améliorer ? Car pour que ces inégalités et discriminations soient combattues, elles doivent être vues, partagées, entendues. Les quotas permettent de rendre ces inégalités tangibles, elles les transforment en argument. Comme dirait la journaliste militante Lauren Bastide, on doit commencer par compter pour prendre l’ampleur de ces disparités.

Les films ou les séries ont également un impact puissant sur la société. Dans le cadre des séries, les téléspectateurs tissent de vrais liens de familiarité avec les personnages. Comment s’identifier si aucun personnage n’a ni ma couleur de peau ni mon handicap ? Il faut également normaliser les personnages, par exemple racisés ou handicapés, en ne créant pas d’acte narratif sur leur présence. Pourquoi s’efforcer de contextualiser la diversité au lieu de la normaliser ?

Ces discriminations et inégalités prennent racine sur les bancs des écoles de journalisme, elles ne sont donc que la « suite logique » et systémique de barrières qui s’érigent presque dès l’enfance et qui sont notamment renforcée par les médias. Il est de la responsabilité des écoles et des recruteurs (donc des médias) de revoir ce système qui produit majoritairement des formats stéréotypés de personnes.

Il est donc important de promouvoir cette diversité et égalité aux sein des médias, car ces derniers façonnent une projection choisie de la société par des choix conscients ou inconscients. Si les médias ne diffusent que la parole des « dominants », ils recréés un biais déjà bien ancré dans la société. Une plus grande diversité dans les rédactions permet un meilleur traitement, d’un point de vue démocratique, de l’information. En effet, la pluralité des opinions et des intervenants ne peut qu’enrichir la qualité des contenus proposés. Représenter et œuvrer à la mise en valeur de la diversité, est la meilleure des façons d’agir pour la cohésion sociale en encourageant le dialogue interculturel et en protégeant les droits fondamentaux.
Pour citer Salwa Boujour, Journaliste, créatrice d’un Safe Space féminin et co-fondatrice de M&DiA, quelle est l’utilité d’un média homogène dans une société qui est diverse ?

Notes :
1. [Boîte à outils: Diversité, Discrimination & Formation des Journalistes, Campagne du Conseil de l’Europe « Dites non à la discrimination »]
1. [ https://www.csa.be/egalitediversite/wp-content/uploads/sites/2/2021/01/CSA_Etude-RH-WEB.pdf]

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