La Une du magazine Télérama “Pourquoi on rejette les gros ?”, montrant le portrait nu de la DJ et militante Leslie Barbara Butch n’a pas échappé à la censure des algorithmes des plateformes sociales. Cet évènement fait écho à un phénomène plus large : les discriminations vécues par les personnes grosses dans notre société, théorisées depuis plusieurs années et reprises au dictionnaire sous le terme « grossophobie » en 2019. Du côté des militant.e.s, un travail remarquable est fourni. Du côté politique : tout reste à faire. Et pourtant, il existe des leviers. A commencer par le fait de reconnaître et nommer ces discriminations. 

Cette réflexion tire son origine d’une riche rencontre avec CorpsCools et Fat Friendly, qui a ensuite été prolongée dans plusieurs Parlements lors de questions et débats avec les Ministres compétents sur l’égalité des chances.

 

Comment se manifestent les comportements grossophobes ?

Tout d’abord, si l’on observe les infrastures qui nous entourent, on constate très vite le manque d’inclusivité dont elles font preuve. Les transports en commun peuvent se révéler être un calvaire pour les personnes grosses, voir être tout simplement inaccessibles. Le tram 51 de la STIB, dont les portes sont très étroites, est un exemple qui rend la ligne impraticable pour certaines personnes. A cela s’ajoute les tourniquets dans les magasins, certaines chaises de restaurants, les salles de cinéma ou de théâtre, les salons de coiffure. Ce n’est qu’une infime partie du manque d’accessibilité auquel font fassent les personnes grosses, et qui les poussent souvent à être socialement exclues. Elles représentent 16% de la population belge, et pourtant dans nos rues, elles sont bien moins nombreuses. Et cette exclusion systématique de la vie sociale n’est pas sans conséquence psychologique et mentale sur les personnes concernées.

Ensuite, lorsqu’une une personne grosse est confrontée au monde médical, les obstables qui se dressent face à elle sont multiples, autant physiques que psychologiques. Manque de matériel adapté (tensiomètre trop petit, tables d’auscultation inadaptées, etc.), infantilisation et remarques humiliantes, erreurs de diagnostics, culpabilisation , attribution systématique des problèmes de santé au surpoids ou à l’obésité, etc. Le corps gros est perçu comme pathologique et appartenant à tous, le corps médical comme des individus dans la rue s’octroient le droit de le critiquer, le commenter ou le conseiller.

Ces discriminations se prolongent sans surprise dans le monde de l’emploi, avec des barrières à l’émancipation financière et professionnelle des concernées. Le neuvième Baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi a révélé en 2016 que l’apparence physique reste un critère discriminant majeur. En effet, “les femmes en surpoids sont 4 fois plus discriminées que les autres femmes qui, elles, sont discriminées 8 fois plus que les hommes”. Cette discrimination à l’embauche créé un cercle vicieux entrainant précarité, perte de confiance en soi et isolement.

Enfin, parmi les domaines les plus discriminants, celui de la mode et sa conception d’un autre âge du corps « parfait », lissé, avec la maigreur comme étalon est au sommet de la liste. Les standards et les injonctions à une certaine vision de la beauté pèsent fortement sur les stéréotypes qui entourent le corps gros. La corolaire concerne les questions d’habillement pour les personnes grosses, qui peut s’avérer être un vrai calvaire. Peu de marques proposent des grandes tailles et les marques spécialisées ne sont pas toujours abordables. Ce genre de discrimination renforce d’autant plus un sentiment de ne pas exister ou compter socialement. La liste pourrait être encore plus longue.

La grossophobie, une question politique

La grossophobie est une discrimination quasiment invisible, et surtout invisibilisée, et pourtant en filigrane de notre quotidien. Elle n’existe pas dans les textes de loi à ce jour. Cette invisibilité reste paradoxale, car la “honte” de la grosseur est visible, tout en étant invisible, publique et privée, cachée mais partout en même temps. Quels leviers peut-on activer ?

  • Reconnaître explicitement la grossophobie comme une discrimination a part entière ;
  • Soutenir financièrement les associations qui travaillent sur les questions de grossophobie ;
  • Intégrer la question des discriminations faites aux personnes grosses de manière transversales dans des politiques publiques, conformément aux politiques d’égalité des chances ;
  • (Ré)Aménager l’espace public en tenant compte des personnes grosses afin de rendre l’espace public plus inclusif ;
  • Travailler à la formation et à l’information des spécialistes de la santé pour une meilleure prise en compte des corps gros dans les études, la recherche scientifique, et le monde de la santé en général ;
  • Briser le tabou autour des personnes grosses pour un changement de discours à leur égard.

Théories sur la grossophobie

Le terme “grossophobie” apparait dans les années 90 sous la plume d’Anne Zamberlan dans son livre Coup de gueule contre la grossophobie. Le terme devient médiatique grâce à Gabrielle Deydier avec son livre On ne naît pas grosse. Cependant, ce n’est qu’en 2019 que “grossophobie” entre dans le dictionnaire, sous l’impulsion du collectif “Gras Politique” avec la définition suivante : “une aversion ou une attitude hostile envers les personnes en surpoids ou obèses”.

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