Un constat est sans appel aujourd’hui : il n’y a que très peu de représentation des personnes racisées dans les médias. L’absence de mixité dans la sphère médiatique et globalement dans toutes les structures institutionnelles est intimement liée aux questions de racisme et de discriminations, qui sont au coeur du débat actuellement. Il s’agit ici d’une réalité en miroir de celle que connaissent ces minorités dans la vie quotidienne : les obstacles à l’emploi, à l’enseignement, au logement, et j’en passe. Les médias ne sont finalement qu’un des lieux où les personnes racisées sont à la fois sous-représentées, et à la fois victimes de racisme et de discriminations. Et il s’agit en réalité d’un phénomène structurel, c’est à dire qui trouve son origine dans la façon même dont nos médias sont organisés : peu de personnes racisées dans les équipes, quasiment aucune à des postes de direction, etc.

Une étude de l’AJP de 2013 dénombre « un très faible pourcentage de personnes de nationalité autre que belge » au sein des rédactions francophones (6% et aucune personne non-européenne). Elle relève également que « seulement 7 journalistes sur 750, soit 1.1% des sondés, étaient nés de parents non-européens ». Autant dire : rien du tout.

Pourquoi, dès lors qu’il s’agit d’un secteur parmi d’autres, mettre la diversité aux manettes des médias est fondamental et prioritaire ? Parce que les médias façonnent et transmettent une vision du monde. Et on le voit dans le traitement de certaines actualités par certains médias, ce manque de diversité a des conséquences sur la façon dont ces actualités sont présentées. Le racisme et les discriminations doivent être combattus par les médias, qui doivent dès lors faire preuve d’exemplarité dans leur conscience de ces enjeux, afin de faire des médias le reflet de notre société, de toute notre société. Ils ont aussi le rôle de montrer que les personnes racisées sont acteur.rice.s de notre société, et leur donner à l’écran ou sur les ondes toute la place qu’il.elle.s méritent. Et beaucoup de journalistes y sont très sensibles ! Il suffit de voir les efforts faits par certain.e.s pour des panels paritaires et diversifiés, notamment grâce à Expertalia. Le risque est que tout ceci n’engendre pas de changement structurel. Il me tient à coeur de rappeler ici que l’absence de diversité des opinions et réalités sociales dans l’espace médiatique influence aussi l’action civile – notamment les votes lors des élections – et cela menace ainsi grandement notre démocratie.

Récemment, plusieurs journalistes et présentatrices ont pris la parole dans les médias et sur les réseaux sociaux pour dénoncer le racisme et les discriminations dont elles étaient la cible, à la fois en dehors des médias, mais également – et c’est sans doute le plus interpellant -, à l’intérieur-même de ceux-ci. Ce qu’elles relatent est inadmissible. Intolérable. Et notre rôle, en tant que politique, est de faire tout notre possible pour leur assurer un cadre de travail sécurisé, serein, sans quoi la sous-représentation des personnes racisées dans le secteur sera toujours interrogée dans 10 ans sur les bancs du parlement. 

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