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Babylone 2.0, ou ton cul sur un groupe Facebook secret

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Imaginez un monde où des milliers d’hommes posteraient sur Internet des photos de femmes nues photographiées à leur insu. Imaginez un monde où d’autres hommes viendraient donner leur avis sur la qualité de ces conquêtes. Imaginez un monde ou tout ça aurait lieu, non pas sur le deep web ou sur un site porno, mais sur un site utilisé par 1,13 milliard de personnes.

Ceci n’est pas un épisode de Black Mirror.

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Règle n°1 de Babylone 2.0 : il est interdit de parler de Babylone 2.0

Tu es jeune, tu aimes les filles, tu entends parler autour de toi d’un groupe secret super cool où tes potes publient des photos nues de leurs conquêtes ? Une petite demande ici, et tu rejoins le groupe. Ensuite, tu as accès à un large panel de « Ca c’est mon plan cul, hier on l’a fait dans la cuisine. Elle est bien, hein ? ». Le meilleur, c’est qu’il n’y a pas besoin de se créer un compte sur un forum douteux, avec des publicités pornos dans tous les coins.

Tout ceci se passe juste au coin de la rue : sur Facebook.

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Pourquoi ?

Facebook, c’est le miroir de notre société. Il y a des groupes de fans de pétanque, des groupes pour donner des chatons, des comiques qui diffusent des blagues. Et puis il y a des gens pas drôles, qui font des trucs illégaux.

Car poster des photos de lambdas nues prises en photo à leur insu, c’est illégal. Et ce n’est d’ailleurs que la partie (macho) immergée de l’iceberg. Des enquêtes ont déjà été menées, mettant au jour l’existence de groupes secrets pédophiles, ou encore de groupes secrets servant à recruter pour le Djihad. Tout ça ne devrait pas échapper à la loi, et tout ce qui est illégal dans la vraie vie l’est également sur Facebook.

Facebook, sans doute partiellement dépassé par les évènements (lisez : Facebook, n’en ayant sans doute rien à foutre de ces évènements), ne donne pas souvent suite aux signalements. Ceux qui ont déjà essayé le savent. Quelques éléments de réponse se trouvent ici :

« Facebook a des règles qui doivent s’appliquer à 1,3 milliard de personnes dans le monde entier, habitant dans des pays différents et avec des cultures d’expression variées. C’est très compliqué »

Mon cul sur un groupe secret Facebook sans mon accord, ça n’a pourtant pas l’air très compliqué.

La solution n’est donc peut être pas à trouver du côté de Facebook. Et le problème est sans doute plus général, symptome de notre société et de son fonctionnement.

Parce que !

L’annonce de l’existence de Babylone 2.0 coïncide avec la parution d’une campagne malheureuse du Forem (Pôle Emploi Belge) montrant une petite fille déguisée en auxiliaire de ménage, avec le texte « Osez réaliser vos rêves … Devenez auxiliaire de ménage ».

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Juste après l’annonce de l’existence de Babylone 2.0, une journaliste se risque à l’analyse, et conclut fièrement :

Une chose est certaine: il est grand temps de faire passer le message aux femmes que se prendre en photo dénudée n’est pas une bonne idée, car rien n’empêche cette photo de finir dans un groupe où des milliers d’inconnus vont en profiter.

La leçon de toute cette histoire, ce serait donc aux femmes de la tirer ? J’hallucine.

Ca ou « Elle s’est faite violée, mais elle l’avait cherché avec cette jupe ! », c’est pareil.

Voir et ignorer, c’est cautionner

On peut s’insurger, on peut râler, on peut crier, partager cent fois des articles qui buzz. Contre le machisme ordinaire, le fonctionnement de Facebook. On peut aussi ne rien faire, se taire, ignorer. Mais tout ça ne fonctionne pas sur le long terme.

Ou on peut simplement essayer de réagir avec intelligence, chaque fois que l’occasion se présente de faire face au débat, en expliquant que non, il n’est pas normal que ton cul se retrouve sur un groupe secret, même si c’est pour rigoler, même si t’étais d’accord que ton mec prenne la photo, même si de toute façon, c’est un groupe privé et que personne ne la verra.

Et puis peut être que dans 10, 20, 50 ans, on regardera la presse de 2016, et on rira avec nos gosses en disant « Et oui, c’était comme ça avant, les hommes et les femmes n’avaient pas le même salaire, les filles se faisaient siffler en rue et ça ne choquait personne, et alors il y avait des groupes Facebook secret ou des mecs publiaient des photos de leurs copines nues, t’imagines ? ».

 

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